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Une passion marocaine

Caftans, broderies, bijoux

14 mars - 31 août 2008

 

Avant-propos par Pierre Bergé

Lorsque nous sommes arrivés à Marrakech pour la première fois en 1966, Yves Saint Laurent et moi, nous ne savions pas que cette ville allait jouer un rôle aussi important dans notre vie, que nous y achèterions trois maisons dont le célèbre jardin Majorelle ni que le Maroc allait devenir notre pays d'adoption, notre deuxième patrie. C'est avec beaucoup d'émotion et, disons-le, de fierté que nous présentons cette exposition de caftans, de bijoux et de broderies. Tous ces objets sont d'une qualité rare et le visiteur ira ainsi à la rencontre de la culture marocaine et d'un art toujours vivant. En effet, Yves Saint Laurent revendique haut et fort l'influence du Maroc sur sa création. La richesse vestimentaire de ce pays ne lui a pas échappé. Il a su s'approprier les lignes de la jellaba pour créer de somptueuses robes fluides, s'inspirer du jabador, du burnous et du tarbouch masculins pour construire des silhouettes bien à lui, transformer le burnous en une cape rose, concevoir un caftan dans la totalité immaculée du haïk. Ce créateur a dérobé au Maroc ses costumes ancestraux pour en tirer la quintessence, au ciel de Marrakech ses couleurs et sa lumière pour en exalter l'harmonie.

 

Dans cette exposition nous avons voulu montrer que les Marocains pouvaient être fidèles à leur passé tout en regardant le présent. Puisse la réunion de ces caftans, broderies et bijoux vous faire connaître et aimer davantage le Maroc et partager notre passion marocaine.


Commissaire d'exposition Rachida Alaoui

Scénographie Christophe Martin

 

Connaissance des Arts Une passion marocaine

hors-série numéro 353, 8€

 

 

Histoire du caftan par Rachida Alaoui

D'origine persane, le caftan est une tunique longue et large, sans col, à manches longues, composée de plusieurs lés qui lui donnent plus ou moins d'ampleur. Il est porté aussi bien par les hommes que par les femmes. Entièrement ouvert sur le devant, il est garni d'une ganse de soie tressée (sfifa), fermé d'une rangée de boutons (âakad) et de ses brides (âayoun). Ce caftan est appelé aïn ou ouqda ("oeil et boutons"). Ses broderies sont de soie d'or ou d'argent, de pierreries ou de passementerie. Elles ornent le plastron, les épaules et le bas des manches.

 

Les premiers textes marocains mentionnant le caftan dateraient du XVIe siècle.

 

Déjà porté par les Parthes et les Perses, le caftan aurait été introduit dans l'Orient musulman sous les Abbassides. L'émir Abd al Rahman II (822-852) - petit-fils de Abd al Rahman I, qui gagna l'Andalousie où il constitua un émirat indépendant au IXe siècle -, épris de culture, accueillit l'artiste Zyriad, venu de Bagdad. Ce dernier fit découvrir aux Andalous le raffinement de l'Orient musulman ainsi que les modes musicaux, les arts culinaire et vestimentaire. Il leur montra ce qu'il fallait porter en fonction des saisons : du blanc et des toiles légères l'été, des habits doublés et foncés l'hiver.

 

Au début du XIIe siècle, l'Andalousie - gouvernée par les dynasties berbères - affirme une sensibilité artistique propre, de nouveaux goûts et de nouvelles aspirations qui permettent à son art et à son artisanat de rayonner dans toute la Méditerranée. Son influence s'exerce de façon continue dans les villes marocaines dites hadaria ("citadines") : Fès, Rabat, Salé et Tétouan.

 

En 1492, la reconquête chrétienne s'achève par la prise de Grenade, dernier royaume musulman resté aux mains des sultans nasrides (1238 - 1492). Malgré leurs promesses, les rois catholiques ordonnent l'expulsion des musulmans et des juifs.

 

Aux XVIe et XVIIIe siècles, des flots d'exilés arrivent ainsi au Maroc. Ils feront connaître aux villes du nord les dernières techniques de tissage de la soie et achèveront de propager leurs modes vestimentaires.

 

 

Lire un caftan par Tahar Ben Jelloun (extraits)

La société traditionnelle du Maroc est une harmonie. Chaque chose est à sa place, chaque personne a son univers. Rien ne déborde. Rien n'est laissé au hasard. Rien ne fuit si ce n'est le parfum des roses distillées sur les terrasses vers la fin du printemps ou bien des effluves du bois de santal qu'on fait brûler en des occasions de fête ou de funérailles.

 

La vieille médina de Fès et de Tétouan sont un labyrinthe, un lieu de culture et de civilisation, une cité où tout se fait avec les mains. Des femmes diront avec les doigts. Que ce soit la préparation des pâtisseries ou d'un trousseau de mariage, l'honneur de la famille passe par les doigts. Travail bien fait, précis, méticuleux. Toutes les femmes s'y mettent. Pas question de rater ces moments priviligiés où la parole circule, l'humour et le rire enchantent cette intimité où il est question de transmettre à la future mariée un savoir vivre plus qu'un savoir faire. Que ce soit pour un habit de fête ou pour des broderies qui donnent au salon sa marque et son originalité, les mères tiennent à tout faire à la main et utilisent les matières les plus raffinées, les plus rares aussi.

 

C'est l'exigence et la qualité qui priment.

 

Une broderie n'est pas un tissu de décoration c'est aussi l'expression et la marque des origines. On perpétue ce travail dont la continuité est un signe de rigueur de fidélité à soi et à sa lignée.

 

Le caftan est un habit suprême. Il doit être unique. Il n'est jamais à même la peau. Il est mis sur tchamir, son double en tissu blanc et fin. Il est fermé jusqu'au bout. Les dessins qu'ils portent, qu'ils soient d'ordre floral ou géométrique, qu'ils mélangent des teintes inattendues ou qu'ils soient simples, comme un jardin en mouvement, sont les traces d'une civilisation islamique.

 

Le caftan est aussi une parure se présentant comme l'achèvement d'un long travail de création. Certains caftans sont aussi brodés de l'intérieur. On ne voit pas ces dessins, modestes, pas trop chargés. C'est une sorte de griffe, une signature de la main qui l'a cousu.

 

Au cours des longues cérémonies de mariage traditionnel, on remarque que la mariée se change souvent, portant chaque fois un caftan différent. Ce n'est pas fait dans un esprit d'étalage. C'est fait pour marquer les différentes étapes de la cérémonie, ce qui permet à la mariée d'exhiber les différentes facettes de la ceinture hzam, élément aussi important et nécessaire que le caftan. Cette ceinture large d'une vingtaine de centimètres est faite pour accompagner les différents caftans de la soirée. On tourne le hzam et nous avons les couleurs et broderies correspondantes à celles du caftan porté.

 

Certains hzam sont des oeuvres d'art. Ils sont riches en motifs, dessinant des arabesques qui rappellent l'Espagne mauresque tout en célébrant l'authenticité de l'imagination téouanaise ou fassie. Les broderies tétouanaises sont plus complexes, plus spectaculaires, ce qui n'enlève rien à leur raffinement.

 

Pour comprendre cette société, il faut apprendre à lire le caftan, aller au-delà de ce qu'on voit.

 

Chaque caftan raconte une histoire ; parfois c'est un poème, dont la gratuité est dans une tradition mais aussi le passé d'une société qui a sur être en paix avec elle-même, qui n'a jamais accepté de sacrifier les valeurs marchandes même si elle ne les néglige point.



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