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Yves Saint Laurent

Smoking Forever

October 5, 2005 - April 23, 2006


When Yves Saint Laurent’s smoking made its first appearance in an haute couture collection, it started a revolution. A man’s article of clothing thus became the symbol of female emancipation.

 

From 1966 to 2002, when Yves Saint Laurent bid farewell to haute couture, the famous black suit, having become androgynous, appeared in every collection, presented in every form: dress, jumpsuit, bolero…

 

The exhibition, Smoking Forever, recounts this long history in a space transformed into a giant chess game, evocative of strategy and power struggles. Around fifty models plunge us into a universe where black, the designer’s fetish colour, radiates. Yves Saint Laurent has made a queen out of the woman who, in her smoking, dares to conquer the king.

 

Curators Yves Saint Laurent and Pierre Bergé

Set designer Christophe Martin

 

Exhibition catalogue, 30€

 

 

Avant-propos par Pierre Bergé

Le smoking bien tempéré

Chanel, on le sait, donna la liberté aux femmes ; Saint Laurent, des années après, leur apporta le pouvoir. Le pouvoir qui depuis toujours était détenu par les hommes.

 

Rappelez-vous : il a fallu attendre 1945 pour que les Françaises aient le droit de vote. Les lois étaient faites par les hommes, votées par les hommes et souvent favorables aux hommes. Les femmes chefs d'entreprise, ou qui occupaient un poste de première importance étaient rares.

 

Est-ce en partant de ce constat qu'Yves Saint Laurent décida, à sa manière, de changer le cours des choses ? Peut-être ! En tout cas, il le fit. Le vêtement, Roland Barthes l'a dit avec d'autres, est signifiant. La mode n'est pas anodine et révèle les ressorts de la société. Les vêtements de l'homme étaient le symbole du pouvoir. En les empruntant et en les faisant porter par les femmes, Saint Laurent fit passer les attributs du pouvoir d'un sexe à l'autre.

 

Ce jour-là il quitta le territoire esthétique pour le territoire social. Il ne devait plus le quitter. C'est ainsi qu'il développa à l'envi le vestiaire masculin : tailleur pantalon, blazer, caban, saharienne, trench coat, et le fameux smoking. Lorsqu'il apparut, en 1966, chacun comprit vite qu'il venait de se passer quelque chose de considérable dans la mode, à telle enseigne que trente-neuf ans plus tard le journal Le Monde le désigne comme emblème des années 60 : " Avec ce vêtement emprunté aux hommes, le couturier fait entrer le pantalon dans la garde-robe féminine du soir. La photo du smoking par Helmut Newton (...) est devenue l'une des images fortes de la mode du XXe siècle .

 

Homme, femme, ces deux noms suggèrent l'androgynie. Il n'en est rien. Chacun reste à sa place. La femme de Saint Laurent n'est en aucun cas masculine. Au contraire, elle emprunte les vêtements de l'homme pour mettre sa féminité en valeur, pour l'exacerber.

 

Il y a bien des créateurs de talent de par le monde et le XXe siècle n'en manque pas, mais si Chanel et Saint Laurent sont les deux plus importants c'est bien parce qu'ils ont, l'un et l'autre, dépassé leur métier et accompli une oeuvre sociale.

 

Si la Haute Couture a plus ou moins disparu c'est qu'elle accompagnait un art de vivre et que cet art de vivre n'existe plus. Toutes les autres raisons (pécuniaires, délai de livraison, prêt-à-porter etc.) ne veulent rien dire. La mode est un phénomène social qui doit s'adresser au plus grand nombre. Elle doit refléter la vie et non les fantasmes. C'est la leçon d'Yves Saint Laurent, faite de rigueur, d'exigence et à laquelle il aura été fidèle pendant toute sa carrière. Que la femme soit l'égale de l'homme, on le sait de reste, mais on le sait mieux depuis Saint Laurent. Pouvoir partagé, vêtement partagé. Que l'oeuvre de Saint Laurent ait accompagné pendant des années ce qu'on a appelé " la libération de la femme " n'est peut-être pas un hasard.

 

L'exposition d'aujourd'hui montre le travail d'Yves Saint Laurent autour du smoking. Toujours pareil et jamais le même. Etudes et gammes pour un " smoking bien tempéré ". Presque quarante ans pendant lesquels il a remis sans cesse, d'une manière obsessionnelle, son ouvrage sur le métier. Plusieurs dizaines de smokings sont sortis de son imagination et de sa volonté d'affirmer sa légitimité sur un vêtement qu'il a créé et qui devait conquérir le monde.

 

Le premier (1966) et le dernier (2002) sont là, face à face, pour témoigner, s'il en était besoin, de la pérennité d'une oeuvre qui a bouleversé son temps.



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